close
Groupement national des Animateurs en Gérontologie
Chargement en cours
Logo GAGG.A.G
Débat... ou pas ? N°1 - La prise de parole des personnes âgées en congrès : un sujet complexe ?
Credit photo : GAG, CNAAG - photographe : Jean-Luc SCHAFF

Débat... ou pas ? N°1 - La prise de parole des personnes âgées en congrès : un sujet complexe ?

publié le : 5 août 2026

Ce type de publication est nouveau sur le site : nous vous proposons une réflexion sur un sujet en lien avec l'animation sociale, avec un argumentaire clair. A vous de le commenter si vous le souhaitez, pour rejoindre le point de vue exprimé, pour apporter des nuances ou pour donner un regard différent. Pour commenter, il suffit de s'inscrire gratuitement sur le site.

La prise de parole des personnes âgées en congrès : un sujet complexe ?

Temps de lecture : environ 7 minutes - Auteur : David SEGUELA, coordonnateur général du GAG. 

Le Congrès National organisé par le GAG est un temps fort de la vie professionnelle : il nous permet d'interroger les sujets phares liés à notre métier, et donc de le faire évoluer pour qu'il reste en phase avec les attentes de notre public. Universitaires, chercheurs, politiques et professionnels s'y succèdent pour définir, interroger et partager leurs regards et expériences.

Chaque année, nous souhaitons aussi donner une juste place à la parole des aînés. Mais faire témoigner une personne âgée lors d’une plénière en congrès n'est pas aussi simple qu'il y paraît — du moins si l'on veut que cette parole ait du sens et soit utile et constructive. Cette affirmation vous étonne ? Elle tient à mon sens à trois choses :

  • le public visé par l'animation sociale est bien spécifique, 

  • ce public a souvent besoin d'un accompagnement personnalisé pour témoigner, 

  • et cet accompagnement engage notre responsabilité de professionnels

Voyons cela dans l'ordre.

Témoigner sur l'âge et le vieillissement social : de nombreux profils possibles

Tout d'abord, il faut comprendre que le GAG n'organise pas un simple congrès sur le vieillissement au sens large, car nous ciblons plus particulièrement — avec le prisme de l'animation sociale — le vieillissement des rôles sociaux et l'accompagnement d'un public en risque d'isolement. Tous les êtres humains, à n'importe quel âge de la vie, sont exposés à l'isolement, et c'est une réalité. Mais l'expérience du vieillissement est autre : elle induit des phénomènes sociologiques désormais bien connus, comme la déprise, le désengagement ou l'âgisme « anti-vieux ». Il ne suffit donc pas d'avoir un certain âge pour illustrer avec pertinence nos travaux, encore faut-il identifier de qui, précisément, l'animation sociale est censée porter la voix.

Si nous prenons comme repère le statut de retraité pour poser un premier jalon, cela représente environ 17,3 millions de personnes. L'animateur professionnel peut jouer un rôle auprès de l'ensemble de ce public, mais nous distinguerons tout de même plusieurs champs : l'animation socioculturelle, culturelle, sportive, ou encore, bien entendu, l'animation sociale. Ces champs ne sont pas hermétiques entre eux : il s'agit d'une même culture professionnelle globale, mais les objectifs poursuivis et certaines des méthodologies utilisées diffèrent. L'animation culturelle, par exemple, part de la médiation artistique, quand l'animation sociale part des envies de la personne fragilisée. Elles sont naturellement compatibles, et des convergences existent, mais les organisations, les méthodes et les moyens restent différents : il y aura des rencontres ponctuelles mais jamais une superposition parfaite.

Le public sera lui aussi différent selon le champ considéré. On peut être retraité aujourd'hui en France sans être en risque de rupture du lien social : une grande partie de ce public restent actifs, occupe des fonctions reconnues, joue un rôle au sein d'une famille encore large et/ou entretient de nombreuses relations sociales. 

Ce profil de personne âgée est présent dans nos congrès, mais souvent en tant qu'intervenant du secteur associatif, voire de partenaire du GAG — des acteurs ou des bénévoles engagés, dont le regard conjugue expérience théorique et vécue du vieillissement. C'est précieux, mais ce n'est pas le public que l'animation sociale accompagne au quotidien : majoritairement actifs socialement, ils n'éprouvent pas l'expérience d'un vieillissement subi sans intellectualisation préalable, et donc, le plus souvent, sans préparation ni adaptation possible en amont. C'est là que se niche la vraie difficulté : le témoignage le plus utile à nos congrès est aussi le plus délicat à recueillir.

Quel est alors le public de l'animation sociale ?

En croisant les chiffres de la DREES et des Petits Frères des Pauvres, il est possible de mesurer plus finement le nombre de personnes âgées concernées directement par l'animation sociale — celles-là mêmes dont le témoignage donnerait le plus de sens à nos échanges de congrès :

  • Environ 650 000 personnes en établissement (EHPAD), dont 90 % ont besoin d'une aide pour la vie quotidienne ;

  • 100 000 à 115 000 personnes en habitat intermédiaire (résidence autonomie, foyer-logement) — un public qui se fragilise, 25 à 30 % ayant aujourd'hui besoin d'une aide modérée à importante ;

  • 1,3 à 1,4 million de personnes vivant à domicile avec des aides ;

  • Les « invisibles », cumulant perte d'autonomie et absence totale de réseau, mal identifiés par les radars statistiques et les dispositifs : entre 300 000 et 500 000 personnes ;

  • 2 millions de personnes âgées isolées socialement (cercle familial et amical rompu), dont 750 000 en situation de mort sociale (plus aucun contact familial, amical, de voisinage ou associatif).

L'échantillon est plus réduit, mais reste conséquent à l'échelle nationale. Reste une question majeure qui motive ce texte : pourquoi n'est-il pas si simple d'inviter ces personnes-là à témoigner utilement en congrès ?

La qualité du témoignage dépend de la qualité de l'accompagnement en amont

S'il est assez facile de trouver des intervenants « âgés » pour parler de leur vécu dans le cadre de l'animation culturelle ou socioculturelle (référence au concept d'habitus cher à Bourdieu par exemple), c'est bien plus délicat pour le public que nous venons de décrire. Le témoignage attendu s'inscrit dans une tonalité différente, mettant en avant un vécu plus intime, aux résonances parfois profondes et généralement dénué de préparation ou de réflexion préalable poussée. Le but est de permettre le partage d'une expérience où l'on compose avec l'envie, les manques, les ressources et les adaptations nécessaires de la persoonne. Ce témoignage, plus personnel et moins militant que celui d'un retraité engagé, se veut à hauteur de femmes et d'hommes qui vivent une réalité qu'eux seuls éprouvent — l'objectif n'étant pas d'en faire des références reproductibles, mais d'identifier ce qui fait la singularité de chacun.

Ce témoignage-là est difficile à recueillir, car il suppose déjà, au préalable, une envie sincère, mais aussi — la liste est loin d'être exhaustive : 

  • le maintien d'une capacité d'expression, 

  • la compréhension des attentes, 

  • un état de santé compatible avec un déplacement (parfois long et toujours fatigant et stressant), 

  • et un travail d'accompagnement. 

Ce tableau décrit un profil de personne en état de fragilité réelle mais partielle, permettant une expression consciente, relativement construite et consentie. Car il est essentiel que cette parole soit libre et assumée, ce qui nous amène directement au rôle que nous avons à jouer en tant que professionnels. 

Le travail d'accompagnement nécessaire pour éviter les écueils

C'est précisément là qu'intervient nécessairement un médiateur (souvent l'animateur lui-même) pour créer les conditions adéquates :

  • Éviter l'instrumentalisation : la fragilité favorise l'influençabilité. L'aidé satisfait souhaite souvent rendre l'appareil à l'aidant, humain ou institutionnel. Il s'agit de garantir une expression libre et d'éviter que la personne âgée ne devienne le porte-parole d'un professionnel, d'un service ou d'un établissement.

  • Mettre en confiance : la prise de parole devant une grande salle peut créer un stress important. La personne doit se sentir guidée et sécurisée.

  • Préparer l'intervention : identifier en amont les points clés que la personne souhaite partager, pour garantir qu'elle pourra les aborder. Rien n'est plus frustrant que de vouloir porter un message et de passer à côté à cause du stress ou de l'impréparation. L'idée n'est pas de « faire apprendre » ce qu'il faut dire, mais de créer les conditions pour que cette parole existe, librement et sincèrement, et qu'elle soit entendue, même (et surtout...) quand elle est difficilement audible.

  • Accompagner « l'après » : phase souvent négligée - soit parce qu'elle est faite "naturellement" (c'est à dire plus ou moins consciemment par l'animateur), soit parce qu'elle tout simplement oubliée/non identifiée - alors que ce type d'expérience dépasse la temporalité de l'instant. C'est un matériau qui peut être exploité longtemps et ouvrir la porte à de futures déclinaisons — par exemple, l'envie de s'intéresser au fonctionnement d'un Conseil de la Vie Sociale (CVS). C'est aussi l'occasion d'écouter les difficultés ou les frustrations rencontrées, pour ajuster les prochaines actions (le fameux temps d'évaluation !).

En conclusion

Inviter une personne âgée à intervenir lors d’un congrès paraît simple dès lors que le bon duo intervenant-accompagnant est trouvé. Mais pour y parvenir, il faut qu'une démarche ait été construite en amont ou le soit avant la prise de parole. Parler de "complexité" n'est pas dire que c'est "compliqué" : c'est au contraire adopter une vue d'ensemble pour enrichir nos pratiques. Cette posture professionnelle nous rappelle notre cœur de métier : assurer la qualité d'un accompagnement de A à Z, du premier contact au suivi de l'intervention.

Cet article n’a pas vocation à conclure ce sujet, mais plutôt à l’ouvrir, car nous sommes bien au cœur de la dynamique de l’animation sociale, à savoir maintenir ou réactiver les rôles sociaux des plus fragiles. Si vous le souhaitez, n’hésitez pas à réagir à cet article dans la rubrique “commentaire” ou contactez-nous sur contact@anim-gag.fr. 

Et si cette parole se construisait avant même le congrès ?

C'est un des enjeux du projet participatif Paroles de Vieux, que nous lançons en amont de notre prochain congrès national, Parcours de vie, parcours de vieux, les 17 et 18 novembre 2026 à Nancy. Plutôt que d'attendre l'événement pour donner la parole aux aînés, nous vous proposons de filmer, dès maintenant, des personnes âgées qui souhaitent partager les moments charnières de leur parcours de vie après 60 ans : les choix qui ont compté, les expériences marquantes, les évolutions ou les événements qui ont façonné leur manière de vivre les étapes de la vieillesse.

Une partie de ces témoignages viendra nourrir notre communication avant et après le congrès, pour donner un visage au thème de cette édition. D'autres séquences illustreront directement les travaux du congrès, et l'ensemble des matériaux collectés donnera naissance à une vidéo de synthèse.

C'est précisément la démarche décrite plus haut qui s'applique ici : mettre en confiance, préparer l'intervention, accompagner l'après — y compris dans le montage final, puisqu'un entretien de 30 minutes ne sera pas restitué dans son intégralité, mais réduit à ses temps forts. C'est l'addition de ces séquences, plus que chacune prise isolément, qui donnera à ce projet la force de faire entendre la voix des aînés dans notre secteur.

Toutes les informations pratiques sont disponibles dans notre publication dédiée (lien à venir).



Chargement en cours